La loi infirmière de 2025 et le décret infirmier 2025 : pourquoi cette réforme ?
Pour comprendre les changements en cours, il faut revenir sur le contexte qui a rendu cette réforme du métier d'infirmier nécessaire et sur les textes qui l'ont concrétisée.
Qui est concerné par ces changements ?
La réforme touche l'ensemble de la profession infirmière, à des degrés divers :
- Les infirmiers diplômés d'État (IDE), qu'ils exercent en libéral, en établissement de santé ou à domicile
- Les infirmiers en pratique avancée (IPA), dont les terrains d'exercice sont élargis
- Les infirmiers spécialisés (infirmiers de bloc opératoire – IBODE, infirmiers de puériculture), dont les diplômes font l'objet d'une réingénierie engagée par le gouvernement
- Les étudiants en IFSI, qui seront formés selon un nouveau référentiel à partir de septembre 2026
- Les patients et assurés, qui bénéficient de nouvelles modalités d'accès aux soins et de remboursement
Un cadre réglementaire inchangé depuis plus de 20 ans
Jusqu'en 2025, les compétences des infirmiers diplômés d'État (IDE) étaient encadrées par un décret datant de 2004. En deux décennies, les pratiques avaient largement évolué, les infirmiers libéraux assumant des missions de plus en plus complexes, mais sans reconnaissance juridique adaptée.
Parallèlement, la désertification médicale s'est accentuée dans de nombreux territoires, rendant urgent le renforcement du rôle des professionnels paramédicaux dans le parcours de soins.
Les nouvelles compétences consacrées par le décret infirmier 2025
Pris en application de la loi du 27 juin 2025, le décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 redéfinit en profondeur le périmètre de l'exercice infirmier. Il consacre officiellement :
- la consultation infirmière ;
- le diagnostic infirmier ;
- l'accès direct à l'infirmier sans passer systématiquement par un médecin.
Cette réforme du métier d'infirmier inscrit également la possibilité, pour l'IDE, de prescrire certains produits de santé et examens dans un cadre encadré. L'entrée en vigueur du texte est fixée au plus tard au 30 juin 2026, en attendant la publication des arrêtés d'application.
Ce qui change concrètement dans les compétences des infirmiers
Avant la réforme, l'infirmier était principalement défini par les actes réalisés sur prescription médicale préalable ou dans le cadre de son rôle propre. Le décret opère un changement de paradigme : l'IDE est désormais reconnu comme un professionnel clinique à part entière, défini par ses missions et non plus seulement par une liste d'actes.
Concrètement, le nombre d'activités et de compétences reconnues passe de 5 à 11, incluant notamment :
- La conduite de consultations infirmières et l'élaboration de diagnostics infirmiers
- La prescription de certains examens complémentaires et produits de santé (liste fixée par arrêté)
- La participation aux soins de premiers recours et l'orientation dans le parcours de santé
- La coordination des interventions et la contribution au projet personnalisé de soins
- La délégation encadrée de certains actes courants aux aides-soignants ou auxiliaires de puériculture
Cette évolution du métier consacre un rôle clinique, organisationnel et de coordination que les infirmiers libéraux assumaient déjà en pratique sur l'ensemble du territoire, sans cadre juridique adapté.
Nouvelle réforme infirmière libérale 2026 : les changements concrets dans votre parcours de soins
Au-delà des textes, ce qui intéresse les patients, c'est la façon dont leur quotidien va évoluer. Deux avancées méritent une attention particulière.
Un accès direct à l'infirmier sans ordonnance médicale
L'avenant 11 à la convention nationale des infirmiers, signé le 31 mars 2026 et entré en vigueur le 6 mai 2026, précise les premières applications concrètes de la réforme.
Pour certains actes, comme la prise en charge des plaies non chirurgicales, l'accès direct à l'infirmier est désormais possible sans ordonnance du médecin traitant.
C'est une simplification notable pour les patients, notamment en zones sous-dotées en médecins généralistes, où obtenir une consultation médicale rapide peut relever du parcours du combattant.
Le droit de prescription infirmier : évolution depuis 2025 et limites actuelles
Le droit de prescription des infirmiers représente l'une des évolutions les plus attendues de la réforme. Dans les faits, il reste pour l'instant partiel : la liste des produits de santé et examens que les IDE pourront prescrire de façon autonome doit encore être fixée par arrêté.
Tant que ces textes d'application ne sont pas publiés, le périmètre de prescription demeure limité. Les patients ne doivent donc pas s'attendre, dans l'immédiat, à voir leur infirmier rédiger des ordonnances de façon systématique.
Formation infirmière 2026 : un nouveau référentiel pour accompagner la réforme
La réforme du métier infirmier s'accompagne d'une refonte de la formation initiale en soins infirmiers (IFSI). Le décret n° 2026-130 et l'arrêté du 20 février 2026, publiés au Journal officiel le 25 février 2026, entérinent un nouveau référentiel de formation qui s'appliquera aux étudiants entrant en IFSI à compter de septembre 2026.
Ce nouveau cadre prévoit 4 620 heures de formation (contre 4 600 dans l'ancien référentiel), avec un renforcement du raisonnement clinique, de la prévention, de la coordination des parcours de soins et de la place du numérique en santé. L'objectif affiché est de former des infirmiers plus autonomes, mieux préparés aux nouvelles missions consacrées par la loi de 2025. En parallèle, les capacités d'accueil en IFSI devraient progressivement augmenter pour répondre aux besoins croissants en soignants.
Pour les patients, cette évolution de la formation en soins infirmiers est un gage de qualité à moyen terme : les futurs diplômés seront formés dès le départ aux compétences élargies que la réforme reconnaît aujourd'hui aux IDE en exercice.
Remboursements et mutuelle : les nouveautés issues de la réforme infirmière libérale
La réforme du métier d'infirmier modifie aussi les règles de prise en charge financière. Certaines évolutions sont d'ores et déjà actées ; d'autres restent à confirmer.
Les consultations infirmières désormais remboursées par l'Assurance maladie
L'avenant 11 crée deux premières consultations infirmières remboursées, chacune valorisée à 20 euros : :
- la CIA (consultation d'instauration d'un traitement par insuline pour les diabétiques de type 2) ;
- la CIB, réalisée dans le cadre du bilan prévention.
Ces actes sont remboursés par l'Assurance maladie. Le ticket modérateur, c'est-à-dire la part restant à la charge du patient après remboursement de la sécurité sociale, est pris en charge par la mutuelle dans le cadre des contrats responsables.
Des consultations supplémentaires sont prévues d'ici 2028, notamment en santé mentale et pour le suivi post-hospitalisation.
La prise en charge par la complémentaire santé : acquis et incertitudes
Pour les actes déjà inscrits à la nomenclature, la mécanique de remboursement ne change pas : l'Assurance maladie intervient en premier, la mutuelle complète en fonction des garanties souscrites.
En revanche, les futurs actes issus du droit de prescription infirmier ne sont pas encore tarifés ni listés dans la nomenclature. Leur prise en charge par les complémentaires santé reste donc incertaine à ce stade. Il peut être utile de vérifier, auprès de son assureur, si son contrat intègre déjà une couverture des actes paramédicaux et dans quelles conditions.

600 000 infirmiers en France, un cadre réglementaire inchangé depuis plus de vingt ans, des besoins en soins qui devraient augmenter de 50 % d'ici 2050 selon la DREES : le contexte rendait la réforme inévitable.