D'où viennent ces trois pistes
Le rapport s'intitule « Refonder l'articulation entre assurance maladie obligatoire et complémentaires santé ». Il formule 22 recommandations, dont trois portent exactement sur le titre de cette page.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nature du document | Rapport d'une mission confiée par le gouvernement |
| Date de remise | 23 septembre 2026 |
| Signataires | Élisabeth Hubert, Nicolas Bouzou, Stéphane Junique, Franck Von Lennep |
| Nombre de recommandations | 22 |
| Portée juridique | Aucune : un rapport ne s'applique pas. La plupart des recommandations demandent une loi. |
Le texte intégral du rapport est publié par le ministère de la Santé. Chaque recommandation y porte son vecteur juridique. Pour les trois pistes de cette page, c'est la loi : aucune ne peut entrer en vigueur sans un vote du Parlement.
À côté de ces propositions, des baisses de remboursement sont, elles, déjà décidées pour le 1er janvier 2027 sur les soins dentaires, les dispositifs médicaux, plusieurs familles de médicaments et les transports sanitaires : selon L'Argus de l'assurance, le ticket modérateur sur le dentaire passerait notamment de 40 % à 50 %. Ne confondez pas les deux : ce qui suit n'est pas voté.
Avant de regarder ce qui changerait, il faut savoir ce qui existe déjà.
Ce que votre mutuelle rembourse aujourd'hui en prévention
Les dépistages et bilans pris en charge par l'Assurance maladie
La prévention n'attend pas la réforme : plusieurs actes de prévention sont pris en charge intégralement, sans que votre complémentaire ait à intervenir.
| Type d'examen | Public concerné | Prise en charge par l'Assurance maladie | Avance de frais |
|---|---|---|---|
| Mammographie du dépistage organisé | Femmes de 50 à 74 ans, invitées tous les 2 ans | 100 % | Aucune |
| Mon bilan prévention | Assurés aux âges clés, dont la tranche 45-50 ans | 100 % | Aucune |
| Examens complémentaires après un dépistage | Selon prescription | Conditions habituelles de remboursement | Selon le professionnel |
Le dépistage organisé du cancer du sein fonctionne sur invitation : avec le courrier et la carte Vitale, vous n'avez rien à payer. Une réforme de ce programme de dépistage est d'ailleurs à l'étude pour élargir les critères d'âge et de risque.
Mon bilan prévention est un rendez-vous de 30 à 45 minutes, réalisable par un médecin, une sage-femme, un infirmier, un pharmacien ou un masseur-kinésithérapeute, également sans frais à avancer.
La part de la complémentaire se situe ailleurs.
Ce que la complémentaire santé ajoute
Au-delà de ces actes, la prévention relève des garanties souscrites. Beaucoup de contrats prévoient un forfait annuel dédié, dont le montant varie fortement d'un organisme à l'autre.
- Un forfait prévention, utilisable par exemple pour des vaccins non remboursés, un sevrage tabagique ou un bilan diététique.
- Des check-up complets, que l'Assurance maladie ne rembourse pas.
- Des actions collectives : ateliers, programmes d'accompagnement, prévention en entreprise.
Le détail se lit dans votre tableau de garanties, et la prise en charge des bilans de santé par votre mutuelle dépend du niveau choisi. C'est précisément ce cadre que la première piste du rapport voudrait redessiner.
Le contrat essentiel : un panier recentré sur les soins prouvés
La recommandation 5 du rapport propose de remplacer le contrat responsable par un contrat essentiel, au périmètre recentré sur un panier de soins pertinents, actualisé régulièrement selon les progrès des connaissances scientifiques.
La recommandation 4, elle, propose d'exclure du panier de l'Assurance maladie les actes scientifiquement non prouvés, selon les évaluations de la Haute Autorité de santé.
Ce qui changerait par rapport au contrat responsable
| Point de comparaison | Contrat responsable aujourd'hui | Contrat essentiel proposé |
|---|---|---|
| Définition du périmètre | Un socle de garanties minimales fixé par la réglementation | Un panier de soins jugés pertinents, révisé selon les données scientifiques |
| Soins courants et dentaire | 100 % de la base de remboursement de la Sécurité sociale | Non précisé par la recommandation |
| Forfait journalier hospitalier | Couvert sans limitation de durée | Non précisé ; une autre recommandation propose de plafonner la participation à l'hôpital |
| Optique | Une paire de lunettes tous les 2 ans au maximum, monture remboursée jusqu'à 100 € | Non précisé |
| Actes non prouvés scientifiquement | Remboursables s'ils figurent dans la nomenclature | Exclus du panier |
Les règles en vigueur sont détaillées par la fiche pratique de la DGCCRF sur la complémentaire santé.
Un panier plus étroit a une contrepartie directe.
Ce qui resterait à votre charge
Aujourd'hui déjà, un contrat responsable ne couvre pas tout. Les plafonds réglementaires produisent un reste à payer, même avec une bonne couverture.
Prenons une monture de lunettes vendue 180 €, hors panier 100 % Santé. Le contrat responsable ne peut rembourser la monture qu'à hauteur de 100 €, plafond fixé par la réglementation. Il reste donc 80 € à votre charge sur la seule monture, avant le prix des verres. Cet exemple retient un équipement choisi librement, hors panier à reste à charge zéro.
Trois sommes ne sont jamais prises en charge par un contrat responsable :
- la participation forfaitaire de 2 € sur chaque consultation ;
- les franchises médicales sur les médicaments, les actes paramédicaux et les transports ;
- la majoration appliquée quand vous n'avez pas désigné de médecin traitant.
Les dépassements d'honoraires d'un spécialiste s'ajoutent à cette liste dès que le contrat ne les couvre pas, et refuser de payer un dépassement d'honoraires n'est possible que dans des cas limités.
La deuxième piste ne touche plus au contenu du contrat, mais à votre comportement.
Le bonus prévention : une incitation financière contre un parcours suivi
La recommandation 16 propose d'introduire la possibilité, pour les complémentaires, d'expérimenter un bonus prévention, défini comme des incitations financières en cas de respect de parcours prévention.
- Ce que ce serait : une réduction sur votre cotisation, ou un avantage équivalent.
- Ce qui la déclencherait : le respect d'un parcours de prévention, par exemple une participation aux dépistages organisés.
- Son statut : une expérimentation à autoriser par la loi, pas un dispositif généralisé.
Le rapport encadre lui-même cette idée par deux autres recommandations.
Les deux garde-fous prévus par le rapport
| Recommandation | Ce qu'elle prévoit | Conséquence pour vous |
|---|---|---|
| 13 | Inscrire dans la loi l'interdiction de sélection du risque selon l'état de santé pour tous les contrats d'assurance santé, avec une politique de contrôle | Un bonus ne pourrait pas devenir un malus déguisé pour les personnes malades |
| 12 | Favoriser le partage des données de santé sur les actes de prévention, sous réserve du consentement de l'assuré pour les données individuelles | Aucune transmission automatique de vos données de santé à votre mutuelle |
Le rapport ouvre donc une incitation financière et, dans le même mouvement, renforce l'interdiction de trier les assurés selon leur santé : la solidarité entre bien portants et malades n'est pas remise en cause.
La troisième piste, elle, joue directement sur le prix.
Les franchises sur les garanties : une cotisation plus basse, un reste à charge accepté
La même recommandation 16 propose d'ouvrir la possibilité de franchises sur les garanties des complémentaires. Le principe est connu dans d'autres branches de l'assurance : vous acceptez de payer les premiers euros de vos soins, et votre cotisation baisse en échange.
Franchise sur les garanties et franchise médicale : deux choses différentes
Le mot « franchise » existe déjà en assurance maladie, mais il désigne autre chose. La confusion est facile et elle change tout.
| Critère | Franchise médicale actuelle | Franchise sur les garanties proposée |
|---|---|---|
| Qui la décide | L'État, par la réglementation | Votre contrat, si la loi l'autorise |
| Montant | 1 € par boîte de médicament, 1 € par acte paramédical, 4 € par transport | Librement fixé par le contrat |
| Plafond | 70 € par an et par personne | À définir |
| Choix de l'assuré | Aucun : elle s'applique à tous, sauf exonérations | Un choix, en échange d'une cotisation plus basse |
| Remboursement par la mutuelle | Interdit | Sans objet : c'est la part que vous acceptez |
Les montants et les exonérations de la franchise médicale sont fixés par l'Assurance maladie. Un patient qui retire deux boîtes de médicaments par mois supporte 24 € de franchise sur l'année, et aucun contrat ne peut les lui rembourser. Cet exemple retient un traitement régulier sur douze mois, pour un assuré non exonéré.
Reste à savoir qui gagnerait à ce mécanisme.
Qui y perdrait
Une franchise est un pari sur votre consommation de soins. Le calcul est favorable à qui consomme peu, défavorable à qui consomme beaucoup.
- Un assuré jeune et rarement malade paierait moins, et n'atteindrait jamais sa franchise.
- Un assuré en traitement régulier paierait sa franchise chaque année, en plus de sa cotisation.
- Les assurés âgés sont les plus exposés, leur consommation de soins étant plus élevée en moyenne.
Le rapport ne l'ignore pas : il propose en parallèle un fonds de mutualisation entre actifs et retraités modestes, pour réduire le coût des contrats de ces derniers, et à défaut d'étudier une complémentaire santé solidaire réservée aux seniors.
Trois autres recommandations complètent ce tableau.
Ce que le rapport propose en plus
Les trois pistes du titre ne vivent pas seules. Elles s'inscrivent dans un ensemble qui redéfinit le rôle des complémentaires, et c'est cet ensemble qui fait débat.
| Recommandation | Proposition | Effet attendu |
|---|---|---|
| 6 | Confier aux complémentaires, selon une trajectoire pluriannuelle progressive, le financement de l'optique, des audioprothèses et du transport sanitaire programmé | Ces trois postes sortiraient du périmètre de l'Assurance maladie |
| 9 | Engager les complémentaires à dédier au moins 2 % de leurs cotisations à des actions de prévention et d'accompagnement, avec un suivi des dépenses engagées | Un budget prévention identifié dans chaque organisme |
| 7 | Transférer une partie des indemnités journalières aux employeurs, après concertation avec les partenaires sociaux | Mesure qui concerne l'entreprise, pas votre contrat individuel |
La recommandation 6 est la plus lourde de conséquences, puisque les complémentaires financent déjà plus des deux tiers de l'optique. Quant aux 2 % de cotisations consacrés à la prévention, c'est la mesure qui donnerait un contenu concret à l'expression « mutuelle tournée vers la prévention ».
Ces propositions n'ont pas fait l'unanimité.
Les réactions du secteur
La Mutualité Française a réagi dès la remise du rapport, et un communiqué du secteur a demandé d'évaluer les dispositifs existants avant d'en exclure certains. Les auteurs ont de leur côté averti que leurs recommandations formaient un ensemble et qu'en extraire une seule les dénaturerait.
En attendant un éventuel vote, votre contrat actuel reste le seul levier à votre main.
Comment choisir dès maintenant une mutuelle qui couvre la prévention
Aucune de ces pistes ne s'applique, mais la prévention est déjà un critère de comparaison. Quatre vérifications suffisent à situer un contrat.
| Critère | Question à poser | Où le vérifier |
|---|---|---|
| Forfait prévention | Quel montant annuel, et pour quels actes précisément ? | Tableau de garanties, ligne prévention ou bien-être |
| Vaccins et dépistages non remboursés | Sont-ils pris en charge, et jusqu'à quel plafond ? | Conditions générales, liste des actes éligibles |
| Accompagnement | Le contrat finance-t-il un suivi, un sevrage, un bilan diététique ? | Notice d'information et services associés |
| Hors panier 100 % Santé | Quel niveau de remboursement en optique et en audiologie au-delà du panier ? | Tableau de garanties, lignes optique et audioprothèses |
Ces quatre lignes expliquent l'essentiel des écarts de cotisation entre deux contrats d'apparence proche. Mieux vaut comparer différentes offres de complémentaire santé sur ces critères que sur un niveau global.

La mutuelle de demain est déjà décrite dans un document précis : un rapport remis au gouvernement le 23 septembre 2026, qui propose de remplacer le contrat responsable par un « contrat essentiel », d'autoriser un bonus prévention et d'ouvrir la possibilité de franchises.