La loi Evin : guide complet du maintien des garanties santé

Loi Evin et mutuelle : augmentation et maintien des garantiesLa réforme de la loi Evin, mise en place par le décret du 21 mars 2017, modifie profondément les règles du maintien des garanties santé pour les anciens salariés. Cette évolution législative redéfinit notamment le plafonnement des tarifs appliqués aux bénéficiaires lors de leur départ de l'entreprise.

Les organismes assureurs doivent désormais appliquer une augmentation progressive des cotisations sur trois ans, bouleversant leurs pratiques antérieures.

Cette nouvelle réglementation soulève des questions pratiques pour les assureurs comme pour les assurés. Examinons les changements majeurs apportés par cette réforme et ses répercussions sur la gestion des contrats santé.

picto ce qu'il faut retenir
Ce qu'il faut retenir
  • La loi Evin permet aux anciens salariés de conserver leurs garanties santé d'entreprise moyennant une prise en charge totale des cotisations.
  • Le nouveau système de plafonnement des tarifs s'étale sur trois ans avec une augmentation progressive des cotisations allant jusqu'à 50% maximum.
  • Les assureurs doivent maintenir des garanties similaires au contrat initial tout en appliquant une tarification encadrée pendant les trois premières années.
  • La demande de maintien des garanties doit être effectuée dans les 6 mois suivant la fin du contrat de travail ou de la période de portabilité.

Que dit la loi Evin sur les mutuelles ?

La loi Evin, adoptée le 31 décembre 1989, est une législation majeure pour la protection sociale des assurés. Elle vise principalement à renforcer les garanties offertes aux personnes bénéficiant d'une assurance collective, notamment dans le cadre professionnel.

Le décret n°2017-372 du 21 mars 2017 a profondément modifié les règles de tarification applicables aux anciens salariés bénéficiant du maintien de leur complémentaire santé. Ce texte, entré en vigueur le 1er juillet 2017, remplace l'ancien plafonnement fixe de 50% par un système d'augmentation progressive sur trois ans.

Les principes de la Loi Evin en matière de mutuelles

Cette loi encadre deux aspects essentiels :

  • Le maintien des garanties santé pour les anciens salariés qui quittent leur entreprise (retraite, invalidité, fin de contrat)
  • La protection des droits des assurés en matière de prévoyance collective

Concrètement, la loi Evin permet aux salariés de conserver leur mutuelle d'entreprise après leur départ, sous certaines conditions :

  • La demande doit être effectuée dans les 6 mois suivant la fin du contrat de travail
  • L'assureur ne peut pas refuser cette demande si les conditions sont remplies
  • Les garanties proposées doivent être similaires à celles du contrat initial
  • Le salarié prend en charge l'intégralité de la cotisation

Les tarifs sont strictement encadrés pour protéger les assurés :

  • 1ère année : tarif identique à celui des salariés actifs
  • 2ème année : augmentation limitée à 25%
  • 3ème année : augmentation plafonnée à 50%

Cette loi constitue ainsi un filet de sécurité essentiel permettant d'éviter une rupture brutale de la protection sociale, particulièrement importante lors des transitions professionnelles.

Les différences entre la Loi Evin et la portabilité des droits

Bien que ces deux mécanismes visent à protéger les anciens salariés, ils présentent des différences significatives en termes de durée, de coût et de conditions d'accès. Voici un tableau comparatif pour mieux comprendre leurs spécificités :

Critères Loi Evin Portabilité des droits
Durée Illimitée Maximum 12 mois
Coût Payant (cotisation à la charge de l'ancien salarié) Gratuit (financé par mutualisation)
Bénéficiaires Retraités, invalides, chômeurs en fin de portabilité Anciens salariés au chômage
Garanties maintenues Santé uniquement Santé et prévoyance
Ayants droit Non couverts Couverts si inclus initialement
Délai de demande 6 mois après la fin du contrat ou de la portabilité Automatique dès la fin du contrat


Qui peut bénéficier de la Loi Evin pour sa complémentaire santé ?

La loi Evin permet à certaines catégories spécifiques d'anciens salariés de continuer à bénéficier de leur mutuelle d'entreprise après la rupture de leur contrat de travail. Les bénéficiaires doivent répondre à des critères précis définis par la législation.

Voici les différentes catégories de personnes pouvant bénéficier du dispositif :

  • Les retraités ayant quitté leur entreprise pour faire valoir leurs droits à la retraite
  • Les bénéficiaires d'une pension d'invalidité ou d'une rente d'incapacité de travail
  • Les demandeurs d'emploi percevant des allocations chômage, après la période de portabilité
  • Les ayants droit d'un salarié décédé (conjoint, enfants), pour une durée minimale de 12 mois
  • Les anciens salariés bénéficiant d'un revenu de remplacement, quelle que soit la cause de la rupture du contrat de travail

Démarches à suivre pour bénéficier de la Loi Evin

Pour bénéficier de la loi Evin, voici les démarches à suivre :

  1. Vérifier votre éligibilité au dispositif (retraité, invalide, chômeur en fin de portabilité ou ayant-droit d'un salarié décédé)
  2. Contacter votre organisme assureur dans les 6 mois suivant la fin de votre contrat de travail, la fin de votre période de portabilité ou le décès du salarié pour les ayants-droit
  3. Formuler votre demande par écrit en recommandé avec accusé de réception
  4. Fournir les justificatifs nécessaires (attestation de fin de contrat, notification de pension de retraite ou d'invalidité ou attestation Pôle Emploi selon votre situation)
  5. Étudier la proposition de l'assureur qui doit maintenir des garanties similaires à celles du contrat initial
  6. Valider le nouveau contrat en tenant compte des évolutions tarifaires
  7. Mettre en place le paiement des cotisations qui seront désormais entièrement à votre charge

Quel est le tarif d'une mutuelle retraite avec la loi Evin ?

Les anciens salariés souhaitant conserver leur mutuelle d'entreprise doivent désormais assumer seul l'intégralité de la cotisation, alors qu'auparavant l'employeur en finançait au minimum 50%.

Pour protéger les anciens salariés d'une hausse brutale des tarifs, la loi encadre strictement l'évolution des cotisations sur les trois premières années :

  • Première année : le tarif reste identique à celui appliqué aux salariés actifs
  • Deuxième année : augmentation maximale de 25% par rapport au tarif initial
  • Troisième année : augmentation maximale de 50% par rapport au tarif initial
  • À partir de la quatrième année : les tarifs sont librement fixés par l'assureur

Prenons un exemple concret : pour une cotisation initiale de 100€ par mois (dont 50€ pris en charge par l'employeur), l'ancien salarié devra s'acquitter de :

  • 100€ la première année
  • 125€ maximum la deuxième année
  • 150€ maximum la troisième année

Le décret du 21 mars 2017 sur l'encadrement des prix

Ce texte de loi prévoit un plafonnement progressif des augmentations de tarifs que peut appliquer l’organisme d’assurance santé à l’encontre des anciens salariés :

  • La première année, les tarifs ne peuvent pas être supérieurs à ceux pratiqués au sein de l’entreprise.
  • La seconde année, l’augmentation est plafonnée à 25% des tarifs globaux appliqués aux salariés.
  • La troisième année, le plafond passe à 50%.

Voici un exemple concret et très synthétique pour mieux appréhender le contenu de la réforme de la loi Evin. Prenons l’exemple d’un salarié dont le montant des cotisations était de 100 € quand il travaillait au sein de l’entreprise. L’employeur payait 50 € et le salarié 50 € également.

Avant la réforme de mars 2017, suite au maintien de sa mutuelle d'entreprise, ses cotisations étaient plafonnées à 150 € (100 € pour le montant global de la cotisation et 50 € pour l’augmentation de 50%).

Depuis la réforme de mars 2017, la première année, le montant de sa cotisation est de 100 €. La seconde année, son augmentation est plafonnée à 125 €. La troisième année, le nouveau plafond est de 150 €.

Les points de vigilance de la réforme

La réforme du 21 mars 2017, bien qu'apportant des clarifications importantes, soulève encore plusieurs questions pratiques :

Comment déterminer la base de calcul des augmentations ?

Le calcul du pourcentage d'augmentation autorisé soulève des interrogations quant au référentiel à utiliser. Plusieurs options sont possibles :

  • La cotisation individuelle du salarié au moment de son départ
  • Le tarif en vigueur dans l'entreprise au moment du calcul
  • Une moyenne des cotisations de l'ensemble des salariés

Cette question est particulièrement importante car les situations individuelles peuvent varier significativement au sein d'une même entreprise. Par exemple, dans le cas d'une adhésion obligatoire des ayants droit, les cotisations diffèrent entre :

  • Un salarié célibataire
  • Un salarié avec famille
  • Un salarié avec ou sans enfants

L'interprétation la plus courante considère que les "tarifs globaux appliqués dans l'entreprise" correspondent à une moyenne pondérée prenant en compte :

  • L'ensemble des cotisations versées
  • Le nombre total de salariés couverts
  • La structure des effectifs

Quelle évolution tarifaire après la période encadrée ?

Le décret de 2017 ne précise pas les modalités d'évolution des tarifs au-delà de la troisième année. Cette absence de cadre réglementaire soulève plusieurs questions :

  • Les assureurs disposent-ils d'une liberté totale dans la fixation des prix ?
  • Existe-t-il des garde-fous implicites ?
  • Comment garantir la pérennité des garanties pour les assurés ?

La suppression de la mention d'un plafonnement à 50% qui figurait dans les versions préliminaires du texte suggère une volonté du législateur de laisser plus de flexibilité aux organismes assureurs après la période initiale de 3 ans.

Des défis croissants pour les organismes assureurs

Cette réforme a significativement complexifié la gestion administrative des contrats. Les organismes assureurs doivent désormais :

  • Suivre individuellement chaque dossier d'ancien salarié
  • Tenir compte de la date précise de rupture du contrat de travail
  • Maintenir un historique détaillé des niveaux de couverture
  • Adapter les conditions tarifaires selon une chronologie spécifique
  • Gérer la transition vers le régime post-période encadrée

Cette individualisation croissante de la gestion représente un défi majeur en termes d'organisation et de systèmes d'information pour les assureurs.

David KESLER
L’avis des experts ADP Assurances
David KESLER

Malgré le plafonnement temporaire des augmentations tarifaires prévu par la loi Evin, le coût réel peut rapidement devenir conséquent pour l'ancien salarié.

Nous recommandons d'anticiper cette charge financière et d'étudier attentivement les alternatives disponibles sur le marché des mutuelles individuelles, particulièrement à partir de la quatrième année.

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Melaine LECARDONNEL
Melaine LECARDONNEL Rédactrice santé

Juriste de formation, Mélaine Lecardonnel est rédactrice web spécialisée dans les domaines de l'assurance depuis 2015. Ses connaissances juridiques et son expertise lui permettent de vulgariser avec clarté des notions complexes. Soucieuse d'apporter une information fiable et accessible, elle tente de permettre aux lecteurs de faire des choix éclairés pour protéger leur santé et leur budget.

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