Forfaits hospitaliers et urgences : ce qui change au 1er mars 2026
Cinq projets de décrets ont été transmis par la Direction de la sécurité sociale aux instances de l'Assurance maladie et des organismes complémentaires. Ces textes modifient la tarification nationale journalière des prestations et entraînent une réévaluation directe des tickets modérateurs supportés par les patients et leurs mutuelles.
Le forfait journalier hospitalier passe de 20 à 23 euros
Le forfait journalier hospitalier correspond à la somme due pour chaque journée d'hospitalisation. Cette participation forfaitaire, qui n'est pas remboursée par l'Assurance maladie, sera portée à 23 euros au 1er mars 2026, contre 20 euros auparavant. Cela représente une hausse de 15 %.
Les établissements psychiatriques sont également concernés par cette augmentation. Le montant du forfait journalier en cas d'hospitalisation dans un service de psychiatrie passe de 15 à 17 euros, soit une hausse de 2 euros.
Dans le cadre des contrats responsables, les complémentaires santé sont tenues de prendre en charge ce forfait. Cette obligation signifie que l'intégralité de la hausse sera supportée par les mutuelles.
Le forfait patient urgence grimpe à 23 euros
Le forfait patient urgence (FPU) concerne les passages aux urgences qui ne sont pas suivis d'une hospitalisation. Son montant sera également relevé au 1er mars 2026, passant de 19,61 euros à 23 euros.
La participation forfaitaire sur les actes lourds passe de 24 à 32 euros au 1er avril
Au-delà des forfaits hospitaliers et d'urgence, une troisième hausse interviendra dès le 1er avril 2026. La participation forfaitaire sur les actes lourds sera portée de 24 à 32 euros, soit une augmentation de 8 euros par intervention.
Cette participation concerne tous les actes médicaux dont le tarif est supérieur ou égal à 120 euros ou ayant un coefficient supérieur à 60. Elle s'applique aussi bien aux consultations en cabinet qu'aux interventions réalisées en établissement de santé, y compris lors d'une hospitalisation.
Concrètement, cette mesure touchera les chirurgies, les actes techniques coûteux et certains examens spécialisés. Comme pour les forfaits hospitaliers, cette hausse sera généralement prise en charge par les complémentaires santé dans le cadre des contrats responsables, contribuant ainsi au transfert de charges vers les organismes complémentaires.
Transfert de charges : pourquoi la sécurité sociale fait payer les mutuelles ?
Ces hausses s'inscrivent dans une stratégie plus large du gouvernement visant à réaliser 7,1 milliards d'euros d'économies sur les dépenses d'assurance maladie. Le mécanisme est simple : ce que la sécurité sociale ne rembourse plus ou rembourse moins tombe directement à la charge des complémentaires santé.
Le montant total de ce transfert de charges vers les organismes complémentaires atteint 530 millions d'euros en année pleine selon l'Unocam, soit 130 millions d'euros de plus que les 400 millions initialement annoncés par le gouvernement. Cette différence s'explique par l'ensemble des mesures prises, qui dépassent le cadre strict des forfaits hospitaliers et urgences.
Les contrats responsables, qui représentent la très grande majorité des complémentaires santé en France, imposent aux mutuelles de prendre en charge le forfait journalier hospitalier et le forfait patient urgence. Les organismes complémentaires n'ont donc pas le choix : ils doivent assumer cette hausse.
Cette situation est d'autant plus complexe que le gouvernement a également prévu une contribution exceptionnelle d'1 milliard d'euros sur les cotisations des complémentaires santé pour l'année 2026. Les mutuelles font donc face à une double contrainte financière : une hausse des dépenses à rembourser d'un côté, une taxe supplémentaire de l'autre.
Un amendement a certes été adopté par les députés pour que les organismes complémentaires ne répercutent pas sur leurs assurés le montant de cette taxe exceptionnelle. Mais son application concrète reste floue et la question de savoir comment les mutuelles absorberont ces coûts supplémentaires sans toucher à leurs tarifs demeure entière.
La Mutualité Française dénonce "une décision sans concertation"
L'Union nationale des organismes complémentaires d'assurance maladie (Unocam) a rendu un avis défavorable aux mesures qui lui ont été présentées. Les représentants de la complémentaire santé dénoncent une décision prise tardivement et sans aucune concertation avec les acteurs du secteur.
Dans son avis, l'Unocam souligne que les mesures se traduisent par une augmentation du reste-à-charge des patients à l'hôpital pour un montant total de 530 millions d'euros en année pleine, supérieur au montant initialement annoncé. Cette différence interroge sur la transparence de la communication gouvernementale.
Le principal paradoxe dénoncé par la Mutualité Française tient au fait que les pouvoirs publics augmentent le coût des prestations à la charge des organismes complémentaires tout en affichant, dans le même temps, un objectif de gel de leurs tarifs. Cette injonction contradictoire place les mutuelles dans une situation financière délicate.
La Mutualité Française demande par ailleurs un effort de la part des fabricants et des distributeurs d'équipements médicaux. Selon ses calculs, une baisse de 15 % de leurs tarifs permettrait d'économiser 2,7 milliards d'euros, soit bien plus que le transfert de charges opéré vers les complémentaires.
Cette proposition vise à démontrer que d'autres pistes existent pour réaliser des économies dans le système de santé sans faire peser l'intégralité de l'effort sur les organismes complémentaires et, in fine, sur les assurés.
Coût d'une journée d'hospitalisation : les assurés vont-ils payer la facture ?
Le forfait journalier hospitalier n'est pas remboursé par l'Assurance maladie. Il est en revanche pris en charge de manière obligatoire par les complémentaires santé dans le cadre des contrats responsables.
Concrètement, si vous êtes hospitalisé pendant 5 jours, votre mutuelle hospitalisation devra débourser 115 euros au lieu de 100 euros avec l'ancienne tarification, soit 15 euros supplémentaires.
Sur une hospitalisation de 10 jours, la différence atteint 30 euros. Ces montants peuvent sembler modestes à l'échelle individuelle. Mais ils représentent des sommes importantes lorsqu'on les multiplie par le nombre d'hospitalisations annuelles en France.
Malgré l'amendement censé empêcher les mutuelles de répercuter ces hausses sur leurs assurés, le risque d'une augmentation des cotisations à moyen terme reste réel. Les organismes complémentaires devront bien absorber ces coûts supplémentaires d'une manière ou d'une autre, que ce soit par une hausse des tarifs, une réduction des garanties ou une diminution de leurs marges.
Il est donc vivement conseillé de vérifier les garanties de sa complémentaire santé, Pour les personnes sans mutuelle ou disposant de contrats non responsables, ces hausses viennent directement augmenter le reste à charge.
Une hospitalisation peut déjà représenter une dépense importante avec les dépassements d'honoraires et les frais annexes. L'augmentation du forfait journalier vient alourdir encore cette facture.

Le budget 2026 de la sécurité sociale prévoit d'importantes économies sur les dépenses hospitalières. Parmi les mesures adoptées figure une hausse significative des forfaits à la charge des patients, applicable dès le 1er mars 2026.